L’ambition initiale du bitcoin était d’être une monnaie d’échange alternative, comme le disait en 2008 Satoshi Nakamoto « Le commerce sur Internet en est arrivé à dépendre quasi exclusivement d’institutions financières servant de tiers de confiance pour traiter les paiements électroniques. […] Ce dont nous avons besoin, c’est d’un système de paiement électronique basé sur des preuves cryptographiques plutôt que sur la confiance, qui permettrait à deux parties volontaires de réaliser directement des transactions entre elles sans avoir recours à un tiers de confiance. » (Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System, 31/10/2008)
Aujourd’hui les cryptomonnaies sont encore perçues comme des actifs financiers, servant avant tout à spéculer et à réaliser des échanges en Peer To Peer (P2P) plutôt que comme de réelles monnaies d’échange permettant d’acheter des biens et services.
Cette situation attentiste de l’écosystème, côté acceptation, vient d’une méconnaissance des règles, des solutions et des acteurs pouvant engendrer quelques appréhensions facilement surmontables, plutôt que de craintes plus ancrées.
Les cryptomonnaies présentent de nombreux avantages pour les commerçants
- Une image de modernité attractive pour une nouvelle cible de clientèle, plus jeune, technophile et très solvable, ayant gagné beaucoup d’argent avec les devises numériques et désireuses de pouvoir les dépenser dans la vie réelle,
- Une suppression des frais de cartes bancaires et des retro-facturations liées à la fraude,
- Une simplification des procédures pour les marchands agissant depuis l’étranger.
Quelques questionnements, encore en suspens, empêchent les commerçants d’apprécier pleinement les avantages précités :
- Sur le stockage des cryptomonnaies : les commerçants souhaitent un processeur de paiement qui convertit les cryptomonnaies en monnaies fiduciaires afin de diminuer les risques de volatilité,
- Sur le temps actuel de transaction : le temps de latence peut engendrer des risques de change (aujourd’hui Bitcoin et Ethereum traitent respectivement 10 et 20 transactions par seconde, alors que le réseau Visa en traite 65 000 transactions par seconde). Ce frein pourrait être levé grâce à l’évolution d’Ethereum, dont la V2.0 sera capable de surpasser Visa avec 100 000 transactions par seconde ou à la solution Lightening network (Layer 2), non encore totelement opérationnelle qui permettrait avec une grande rapidité et un faible coût de réaliser de microtransactions et potentiellement autoriser jusqu’à 25 millions de transactions par seconde.
Au final, selon une étude 2022 Deloitte / PayPal, 85% des commerçants américains seraient favorables au paiement en cryptomonnaies.
Il est cependant essentiel, dans cette analyse, de distinguer le paiement en ligne du paiement dans le réseau physique : les marchands, les solutions et les enjeux sous-jacents étant très différents.
Le commerce en ligne B2C représente près de 5000Md$ et pèse 19% du total des ventes de détail dans le monde. En 2020, le confinement ayant dopé le commerce en ligne, un grand pas a été franchi dans la démocratisation du paiement en ligne par cryptomonnaie avec la décision de Visa et Mastercard d’accepter les paiements en devises virtuelles ou plus concrètement de permettre aux utilisateurs d’ouvrir un portefeuille (ou wallet) sur leurs plateformes.
Côté e-commerçant, les solutions se sont également structurées pour accepter les paiements en cryptomonnaie
Si l’option la plus simple consiste à répliquer les modalités Peer To Peer et fonctionner comme le consommateur en utilisant un portefeuille (wallet) sous forme d’une application, cela reste encore artisanal avec un risque fort de volatilité. Une autre option plus proche du fonctionnement classique se développe actuellement : l’appel à un prestataire externe spécialisé qui prend en charge la réception des paiements, souvent directement en monnaie fiat ce qui permet de se prémunir contre la volatilité des cours. Contrairement au Wallet, faire appel à un prestataire implique une vérification d’identité selon les règles KYC / AML et le paiement de frais sur les transactions.
Ces solutions de checkout sont déjà nombreuses : BitPay, Coinbasecommerce ou MyCryptocheckout…toutes compatibles avec les principaux CMS mais ne prennant pas en charge les mêmes cryptomonnaies. Malgré la multiplication de ces solutions leurs usages restent encore trop confidentiels.
La généralisation de l’acceptation en cryptomonnaies pourrait venir d’un des géants du paiement en ligne : Paypal qui commencer à investir le sujet pour permettre à des milliers de e-commerçants de profiter de cette opportunité
Paypal, avec sa solution Checkout with crypto, se positionne sur l’ensemble de la chaine de la valeur, depuis l’achat de 4 cryptomonnaies (Bitcoin, l’Ethereum, le Litecoin et le Bitcoin Cash), le stockage dans un wallet jusqu’à la transaction sur des sites de e-commerce (mais encore uniquement aux Etats-Unis).
Lors du paiement, Checkout with crypto convertit les devises numériques du consommateur et le e-commerçant encaisse des dollars. PayPal assure également les transactions contre la fraude (grâce aux compétences de Curv, une startup israélienne rachetée en 2021 spécialisée sur la sécurisation des transactions en cryptomonnaies).
A mi-2022, plus de 100 000 sites dans le monde acceptent les paiements en cryptomonnaie dont des géants (Expedia, Dell, Microsoft…). En France, la tendance est plus émergente avec un premier gros acteur drainant beaucoup de trafic : showroomprivé.com.
Si les systèmes en ligne se déploient, le paiement crypto en point de vente a quant à lui un peu plus de mal à prendre corps. Sa démocratisation représenterait pourtant l’un des aboutissements de l’écosystème.
Les premières expérimentations dans les magasins physiques se sont faites via le scan de QR codes. Le fait de scanner son article ouvre automatiquement l’application de son portefeuille (wallet) ; ce dernier enregistre l’adresse d’envoi de la somme en cryptomonnaie ; l’utilisateur n’a plus qu’à valider le paiement.
La demande de crypto-cartes est venue des utilisateurs de la plateforme d’échange Coinbase qui souhaitaient pouvoir utiliser leurs avoirs dans la vie courante. Dès lors, Visa et Mastercard ont travaillé avec les principales plateformes d’échange de crypto-monnaies (Binance, Coinbase, e-Toro, etc) pour équiper leurs millions de clients de wallet de cartes de paiement utilisables, payer chez les commerçants, retirer du cash depuis les distributeurs, mais aussi payer avec son mobile via Apple ou Google Pay.
La spécificité de ces cartes de paiement provient,
- Du compte associé, approvisionné en cryptomonnaie en non pas en monnaie fiat,
- De la conversion automatique entre devises numériques et monnaie fiat qui s’effectue au moment du règlement,
- De leurs seuils de paiement, bien supérieurs aux cartes classiques
Mais attention, ces cartes ne prennent pas forcément en charge toutes les cryptomonnaies (Ainsi la carte Visa de Binance disponible en France ne prend pas en charge les Bitcoins) et leur usage engendre une fiscalité à chaque transaction (les plus-values sur les cryptomonnaies étant taxées à chaque conversion en monnaie fiat)
Des cartes prépayées ou carte cadeau viennent compléter cette gamme de solutions, comme, par exemple la carte prépayée de Crypto.com qui transfère la conversion de monnaie chez l’utilisateur ; ce dernier devant préalablement recharger son solde en euro en vendant des cryptomonnaies ou la carte cadeau proposée par Lizy testée cet été dans le centre commercial de Beaugrenelle à Paris ; achetée en cryptomonnaie elle est valable en réseau fermé chez un nombre limité de commerçants.
Afin de doper l’usage de ces nouvelles crypto-cartes, certaines sont associées à des récompenses ou bonus sous forme de cash-back. Crypto.com ou Binance propose jusqu’à 8 % de cash back pour les utilisateurs prêts à immobilier le montant sur leurs comptes pendant une durée déterminée.
Si Visa et Mastercard sont des fervents soutient de ce mouvement de démocratisation des cryptomonnaies comme moyen de paiement – Mastercard estimant même que l’industrie Crypto remplacera d’ici quelques années le réseau historique Swift, d’autres acteurs demeurent sceptiques comme la néo-banque Starling qui met en garde contre l’importance de la fraude et le peu de règlementation.
* Ledger le wallet off-line français n’est pas dans les top priorités des deux schemes de paiement et sa carte est encore en projet.



